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Rencontre avec la chanteuse malienne Rokia Traoré

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My Afro Week était au Trianon le 28 octobre afin d’assister au concert de Rokia Traoré. Plus que ça, nous avons eu le privilège de suivre et rencontrer la chanteuse tout au long de la journée, qui s’est clôturé par un live-report du concert.

Rokia Traoré est une chanteuse, musicienne, auteur, compositeur, interprète, malienne. Elle compte six albums à son actif aux couleurs diverses sur fond de paroles engagées. Elle est actuellement en tournée mondiale pour promouvoir son dernier album en date, « Ne So » mais pas seulement.
Rokia Traoré a participé au programme « Aware Migrants » afin de s’engager pour la cause des migrants après avoir été sollicitée par le Ministère de l’Intérieur italien et par l’Organisation internationale pour les migrants.
Elle a pour l’occasion enregistrée la chanson « Be Aware Brothers, Be Aware Sisters » qui se veut être un message d’informations pour les migrants et pour ceux qui ont pour projet de migrer.
My Afro Week a eu la chance de pouvoir discuter avec la chanteuse afin de pouvoir capturer son message, son énergie, mais aussi d’échanger quelques mots avec elle avant sa montée sur scène.

L’interview

Sur le message qu’elle souhaite faire passer à travers son titre « Be Aware Brothers, Be Aware Sisters » …

« Le message que j’espère transmettre à travers ce clip est un message
d’information à l’instar de tout le reste de la campagne. Il y a aussi une touche personnelle de l’Africaine que je suis que je n’ai pas pu m’empêcher d’ajouter, et qui n’est pas une demande de ne pas partir mais une demande d’aimer la vie et de se demander ce que c’est que d’aimer la vie. 

Aimer la vie, ce n’est pas forcément aimer l’argent. En effet, à force de faire face à une situation économique difficile, l’argent devient très important et on en oublie qu’il ne reste qu’une partie de la vie et n’est pas le plus important.

Pour en profiter, pour en avoir ou ne pas en avoir, il faut être là et avoir des rêves et de l’espoir, c’est à dire, se dire que ces rêves là sont réalisables.

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J’ai 40 ans et je rêve toujours que tout est possible. Mais, qu’à mon âge je me dise que c’est trop tard, cela est acceptable, mais il l’est moins pour moi lorsqu’il s’agit de jeunes de 20 ou 30 ans. Or, on sait que la plupart des candidats à la migration sont dans cette tranche d’âge. Et pour moi, ils valent mieux que cela. »

Sur les conséquences que les événements survenus au Mali en 2012 ont eu sur sa musique et sur ses engagements …

« Je pourrais partir du Mali et continuer la musique, faire d’autres genres de musique ou même faire de la musique malienne uniquement en France mais ça ne m’intéresse pas et ça ne m’a jamais intéressé, donc je reste au Mali. Et je reste en étant définitivement changée du fait de tout ce qui est arrivé en 2012 et en continuant à vivre une situation pas évidente, mais avec beaucoup d’espoir et d’optimisme.

Malgré tout ce qui se passe chez nous, la plupart du temps se sont des compagnies multinationales qui viennent s’y installer. Cela doit être la preuve pour ces jeunes là que des choses sont possibles en Afrique. Il y a aussi des Européens, des Américains qui viennent s’installer là avec des petits projets privés et ils y arrivent.

Il y a une lutte à mener, que ce soit en partant ou en restant. Tel est le destin des jeunes Africains. La lutte à mener est une lutte
de droit à l’éducation car le changement passera par là. Même s’ils veulent partir quand même – car le fait de partir est humain, et les humains sont des nomades toujours à la recherche d’exploration de ce qu’ils ne connaissent pas – le but est que cela se fasse dans de meilleures conditions avec les moyens qu’il faut pour se faire comprendre et pour comprendre le reste du monde. Et cela passe par
 l’éducation.

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Et le Mali fait partie des pires cas en matière d’éducation, et c’est ainsi qu’il y a une lutte à mener pour que ces jeunes là aient les moyens d’être dans les normes internationales en terme d’éducation, qu’ils puissent, n’importe où, comprendre ce qui se dit et avoir un minimum de niveau d’instruction.  Que nous, Africains, partons ou pas, nous ne mènerons pas des vies faciles. Il s’agit de le comprendre, de l’accepter et de choisir la bonne lutte et le bon combat.

« Je souhaite que l’incertitude de ces jeunes puisse les mener vers le combat le plus juste. Parce que de toute façon, il y a combat, qu’il soit mené en Afrique ou ailleurs, un jeune Africain doit se battre beaucoup plus qu’un jeune d’un autre continent. Et je ne peux que leur souhaiter du courage, d’avoir de l’espoir et d’être optimiste. Du moment que la vie continue, ils y arriveront. »

Si Rokia devait se traduire en trois mots …

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 » Je ne pourrais pas, je ne me connais pas. Tout ce que je peux dire me concernant est très instinctif. Il paraît que je suis entêtée et je sais que je ne m’arrête pas facilement. Il y a des jours où
je suis tellement épuisée mais je suis encore là à 4h du matin en train de travailler.

Est ce de la persévérance ? Je ne sais pas.  Dire qui je suis m’est très difficile ».


Enfin Rokia nous confie que cet album « s’est fait entre Bamako, Bristol et Bruxelles » et que ses « textes s’inspirent de la vie de tous les jours. Nous vous invitons donc à visionner  le clip « Be Aware Brothers, Be Aware Sisters » sur Youtube sur la chaîne Aware Migrants in English. 

 

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